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Dépassement de soi, vie culturelle et critique de la surconsommation, nous ont guidé.e.x.s et questionné.e.x.s pendant plusieurs semaines. Quand le Grand Théâtre et le Théâtre de Carouge s’en mêlent, les repères frappent les planchers de la scène.

Mirandolina

Pour la première journée, nous avons eu l’occasion de visiter le Théâtre de Carouge ainsi que les coulisses et les ateliers. Ce lieu, habituellement réservé aux initié.e.x.s, s’est ouvert à nous, révélant la magie qui opère avant même le lever de rideau. Pour débuter, nous avons reçu des cahiers avec les textes raccourcis de la pièce « Médecin malgré lui » de Molière.

Nous nous sommes mis en action en faisant des exercices d’échauffement, de relaxation et de lâcher-prise. Ces moments ont été essentiels pour créer une cohésion de groupe immédiate. Nous avons également eu la chance de pouvoir manger au restaurant du Théâtre de Carouge, partageant un repas dans ce cadre inhabituel pour nous.

Pour notre deuxième journée, nous avons eu l’occasion de faire vivre nos marionnettes, accompagné.e.x.s par une marionnettiste. Nous avons pu faire danser nos marionnettes en musique, découvrant une fois encore comment un objet inanimé peut soudainement gagner une âme et exprimer des émotions. Pour les jours suivants, nous avons mis en scène les textes du « Médecin malgré lui » en ayant chacun.e.x notre rôle. Les exercices donnés par les comédien.ne.s nous ont beaucoup aidé.e.x.s à sortir de nos zones de confort et à prendre du plaisir au théâtre, nous prouvant que la scène n’est pas réservée à une élite, mais à toutes celles et ceux qui osent (merci L-Audace !).

Nous avons également fait de l’improvisation, un exercice puissant pour apprendre à écouter l’autre et à accepter l’imprévu. Cette semaine de théâtre nous a apporté beaucoup ; pour ma part, je ne souhaitais pas du tout participer à une activité théâtrale. Suite à cette semaine avec les comédien.ne.s, nous avons tou.te.x.s énormément apprécié jouer et nous avons tou.te.x.s voulu continuer le théâtre en trouvant qu’une semaine était trop courte. Cette semaine nous a apporté beaucoup, elle nous a permis de lâcher-prise, de prendre confiance en soi, de rire et de nous dépasser. Au-delà du jeu, c’est une leçon de vie collective et pour nous-même que nous avons vécue. Nous avons également eu la chance de partager ces moments tou.te.x.s ensemble avec les comédien.ne.s et ces moments étaient formidables. Un mot pour la fin : si c’était à refaire, on le referait 100 fois.

 

Grand Théâtre

Dans le cadre d’un parcours culturel mené par le Grand Théâtre, nous avons participé à la réalisation d’une œuvre participative. Ce projet artistique avait pour but de nous sensibiliser non seulement à ce qu’il s’est passé dans les camps de concentration en Allemagne, mais aussi de nous sensibiliser aux déchets de l’industrie du textile. Il s’agissait de lier la mémoire douloureuse de l’histoire à l’urgence écologique actuelle, montrant que le « jetable » concerne autant les objets que, tragiquement, certaines vies humaines par le passé.

Dans un premier temps, un intervenant du Grand Théâtre s’est rendu à L-Audace afin de nous présenter l’opéra de chambre avec la pièce « L’empereur d’Atlantis ». Durant cette présentation, l’intervenant nous a expliqué le contexte dans lequel cet opéra a été écrit et composé, une œuvre née au cœur de l’horreur des camps. En plus de cela, une première écoute, lecture et traduction ont été faites, nous permettant de saisir la portée de cette résistance artistique.

Suite à cette intervention dans les locaux de L-Audace, nous nous sommes rendu.e.x.s dans les ateliers costumes du Grand Théâtre pour visiter l’envers du décor, là où les matières prennent vie avant de devenir personnages.

Dans un troisième temps, les jeunes sont retourné.e.x.s aux ateliers costumes du Grand Théâtre. Pendant deux après-midis, avec Chloé, nous avons utilisé des vêtements récupérés de seconde main afin de réaliser deux cadres qui représentaient la dégradation naturelle du temps et de la perte des objets initiaux. Ce travail manuel nous a fait réaliser concrètement combien la surconsommation accélère cette perte, transformant des vêtements chargés d’histoire en simples déchets. Le projet a également rallié la participation d’autres personnes dans d’autres structures : Camarada et Découvrir, créant ainsi une chaîne de solidarité artistique.

Enfin, nous avons été invités à la Comédie pour le vernissage de l’exposition « Cadavre(s) exquis » et pour assister à l’opéra « L’empereur d’Atlantis ».

En abordant le deuil grâce à une œuvre collective, nous avons touché l’espoir d’un nouveau départ. Même si la planète nous fait l’impression d’une mort imminente, que les humains la saccagent, réfléchir à tout cela nous fait prendre conscience que chaque petit geste compte. L’art devient alors un outil de résilience : il ne nie pas la tragédie, mais il permet de la traverser. 

 Leandro, Laurane, Isalys et Maude

 

Cadavre(s) exquis

Cette exposition s’inscrit dans le cadre des parcours d’initiation à l’opéra organisés par le service de La Plage du Grand Théâtre de Genève, en collaboration avec les associations Camarada, Découvrir et L-Audace. Le projet prend pour point de départ L’Empereur d’Atlantis de  Viktor  Ullmann,  composé  en  1943  dans  le  camp  de  concentration de Theresienstadt et créé ensuite en 1975 à Amsterdam. Pendant un mois, les participant·e·s·x ont découvert l’œuvre à travers une introduction à la musique de cet opéra et à son livret, une visite des ateliers costumes du Grand Théâtre, ainsi que deux séances de création collective. Le projet se termine avec la venue au spectacle.

Accompagné·e·s·x par la costumière Chloé Gindre, les participant·e·s·x des associations ont imaginé une œuvre commune autour de l’allégorie de la Mort. Cette réflexion fait écho aux thématiques de l’opéra : face à un Empereur déclarant la guerre de tous·tes·x contre tous·tes·x, la Mort se met en grève. Refusant d’être l’instrument d’un pouvoir totalitaire qui prétend disposer des vies, elle rappelle qu’elle n’est ni vengeance ni cruauté, mais une dimension constitutive de l’existence.

Partant du fait que l’opéra a été développé dans le camp de Theresienstadt, les costumes imaginés pour ce projet sont réalisés à partir de vêtements récupérés. Les participant·e·s·x y ont, entre autres, exploré la portée symbolique de l’habit. Chaque association a réalisé deux panneaux de l’exposition, sans voir ceux des autres groupes. Ce processus donne naissance à une forme de cadavre exquis visuel, une composition fragmentée, construite dans la continuité mais sans concertation directe, où les correspondances et les ruptures apparaissent à la fois rétrospectivement pour les participant·e·s·x et en synchronicité pour le public.

L’installation est constituée exclusivement de fragments de tissus chinés, découpés puis accrochés à des panneaux grillagés. Elle suit une progression, de la matière façonnée vers la matière d’origine : des vêtements encore reconnaissables se décomposent peu à peu, jusqu’à évoquer un retour à l’état brut et même à la terre. La Mort prend ainsi corps à travers des fragments de vêtements portés, donnés, abandonnés. Les tissus conservent la trace de vies ordinaires, ils suggèrent des présences autant que des absences. En les assemblant, les participant·e·s·x déplacent le deuil vers l’espace collectif : la Mort devient matière tangible, réalité visible et partagée.

Chargés de mémoire, les vêtements récupérés interrogent également nos manières de consommer, d’accumuler et de jeter. Les transformer en œuvre, c’est leur offrir une seconde vie et questionner ce que nous faisons des traces humaines.

 

Remerciements à nos partenaires institutionnels :

La Comédie de Genève, La Renfile, brocantes et boutiques du Centre Social Protestant et nos partenaires Associatifs : Camarada, L-Audace et Découvrir.